Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les élu·es,
La Ville de Lyon est regardée.
De tout temps elle le fut, regardée. Et pour de nombreuses raisons : stratégiques et militaires, industrielles et commerciales, économiques et sociales, patrimoniales et architecturales, sportives et éducatives, humanistes et culinaires, scientifiques et culturelles, … Lyon a toujours compté et a toujours innové.
La portée de ces innovations déborda de tout temps les frontières de la ville pour irriguer en région, en France, en Europe et dans le monde.
La ville connut évidemment au cours des siècles plusieurs grands tournants. Dans la période très contemporaine, 2015 fut une de ces années de grand tournant, institutionnel cette fois, avec la naissance de la métropole de Lyon et d’un repositionnement nécessaire de la ville centre face à une nouvelle collectivité territoriale de plein exercice aux compétences et au budget inédits. Ce repositionnement est encore à trouver et si l’on parle beaucoup –à juste titre- des conséquences pour notre ville de certaines politiques du gouvernement français ou de la Région Aura, on ne dit pas que Lyon pâtit aujourd’hui des décisions prises unilatéralement par la Métropole. C’est pourtant le cas en matière économique, culturelle, urbaine, sociale notamment.
Je pense à nos PME imposées plus fortement par la métropole en 2025 dans un contexte économique pourtant particulièrement difficile pour elles aussi. Je pense à nos commerces indépendants qui ferment en Presqu’Ile, mais pas qu’en Presqu’Ile dans toute la ville en raison de tranchées devant leurs établissements.
Je pense à nos EHPAD municipaux qui vont devoir faire face au désengagement financier de la métropole. La situation sera pesante sur les directions, mais plus encore sur nos personnels d’accueil et de soins et bien-sûr sur nos aînés.
Je vous renvoie au documentaire issu du livre « Les Fossoyeurs » qui passait sur France 2 mardi soir à une heure de grande écoute et qui est encore en ligne, pour vous convaincre -s’il en était besoin- de la nécessité de maintenir une offre de service public de qualité en matière d’accueil de nos aînés. Et nous serons attentifs à ce que l’augmentation du budget du CCAS, qui est une bonne chose, soit en partie fléchée vers ces établissements.
Je pense aussi à certains de nos arrondissements qui se voient supprimer brutalement par décision de la métropole leurs équipes d’éducateurs de prévention. Des éducateurs de prévention au travail de fourmi, certes moins spectaculaire que l’annonce de nouvelles caméras de vidéosurveillance, mais dont on va assez vite s’apercevoir qu’il était indispensable à une forme d’équilibre social dans la ville.
Je pense au musée des Confluences qui perd 1,4 millions d’euros alors que c’est une locomotive pour notre territoire, ou au 15.000 euros supprimés à notre théâtre municipal, le théâtre des Célestins, lieu de diffusion mais aussi lieu de création essentiel à de très nombreuses jeunes compagnies nationales mais aussi lyonnaises et régionales.
Monsieur le Maire, nous avons besoin que notre ville soit défendue et surtout portée face à une métropole qui impose ses politiques. Mais en vous disant cela, je repense à la fermeture de l’ancienne usine Fagor décidée sans concertation par la métropole en début de mandat et qui fut un des premiers moments de tension entre nous Monsieur le Maire.
Le site de Fagor est bien le symbole de la vision que la métropole semble avoir de notre ville. Faire de Lyon un hub de transports, une plateforme logistique pratique pour la métropole. Pendant ce temps, les Lyonnais et les Lyonnaises -et notamment les familles- sont poussés à aller habiter ailleurs, au profit des propriétaires de AirBnB et des touristes de passage charmés par nos pistes cyclables et nos espaces verts mais qui seront vite déçus que Lyon ne soit plus ce poumon vivant et singulier, porteur d’une histoire plurimillénaire.
Monsieur le Maire depuis 2020 le climat est au cœur de vos préoccupations. Et vous avez raison, car cet enjeu est majeur. Mais aurons-nous vraiment réussi en six ans à prendre le grand tournant de la bifurcation écologique ? Lyon est-elle devenue une nouvelle boussole en matière de transition écologique comme elle a su être une boussole dans d’autres domaines par le passé ? Avons-nous réussi à embarquer et fédérer l’ensemble des Lyonnaises et des Lyonnais dans ce grand défi ? Nous ferons le bilan de ce « dernier mandat pour le climat » en temps et en lieu voulus car la question en séance de conseil municipal aujourd’hui est celle de la gestion de la ville, avec la présentation du budget 2025.
Un budget que nous votons un 27 mars de l’année en cours, et qui me fait penser à cette réplique culte du film « La Haine » : « Jusqu’ici tout va bien. Mais l’important c’est pas la chute, c’est l’atterrissage ». Or d’atterrissage, nous ne proposons pas assez aux Lyonnaises et Lyonnais, invités à enjamber les travaux et le présent au nom de jours meilleurs à venir.
Les choix budgétaires, dont nous devons débattre publiquement et démocratiquement, sont repoussés à une décision modificative ultérieure du budget, ou pire ils se feront au fil de l’eau au gré des circonstances.
Contrairement à ce qu’a dit Madame Runel, le budget de fonctionnement de notre collectivité n’est pas en baisse. Les recettes de fonctionnement nous sont présentées aujourd’hui à la hausse, de même que les dépenses d’ailleurs.
Tout ceci ressemble à du pilotage à vue. Jusqu’ici tout va bien. Mais à défaut de prévoir l’atterrissage, la chute risque d’être douloureuse. Et malheureusement d’abord pour les Lyonnais et les Lyonnaises. C’est précisément ce que le groupe Lyon en Commun voudrait éviter avec vous.
Aussi nous vous faisons ce matin, et de manière constructive, quelques propositions. Nous avons lu dans le document budgétaire que 3,5 M€ de recettes était attendus suite à l’extension du stationnement payant et de son contrôle accru avec les voitures LAPI. Nous proposons que ces 3,5 millions d’euros soient redistribués aux artisans, commerçants, chefs d’entreprises lyonnais qui voient leur activité perturbée par les travaux de voirie. Nous avons mis en place ensemble, Monsieur le Maire, un fonds d’urgence de 4 millions d’euros pour la culture en début de mandat. Nous vous proposons de mettre en place un fond d’urgence pour le commerce, l’artisanat et les PME à hauteur de 3,5 millions en 2025.
De même, nous lisons qu’ 1 M€ de recettes supplémentaires sont attendues suite à la nouvelle tarification du temps périscolaire votée en 2024. Nous vous proposons que ces recettes restent pour trois quart dans le secteur de l’éducation avec la poursuite de la dé-précarisation des animateurs et animatrices qui interviennent durant le temps périscolaire. Et que nous utilisions le quart restant pour ne pas renoncer à accueillir des apprentis dans nos services, malgré le recul incompréhensible du gouvernement sur le financement de l’apprentissage. Vous nous proposez de réduire de moitié le nombre d’apprentis accueillis dans notre ville, pour 250 k€ d’économie me semble-t-il. Je vous propose de maintenir le même nombre d’apprentis et d’en flécher une grande partie dans le secteur de la petite enfance qui manque cruellement, nous le savons, de professionnels. En accueillant ces apprenti.es directement dans nos crèches municipales ou en soutenant les crèches associatives par une subvention accrue leur permettant de renforcer leurs équipes et de mieux répondre à la demande croissante des Lyonnaises et des Lyonnais.
Voilà quelques priorités qui nous semblent nécessaires aujourd’hui en attendant d’avoir des vrais débats au moment de la décision modificative du mois de mai ou juin.
Je vous remercie de votre attention.