Conseil d’arrondissement : la ZFE

La ZFE doit constituer un outil pour transformer les mobilités et notre façon de faire société.

Aurélie GRIES rappelle que la pollution de l’air affecte toute la population, mais particulièrement les enfants et les personnes les plus défavorisées qui vivent bien souvent dans des quartiers avec une forte présence du trafic.

La Zone à faibles émissions (ZFE), interdisant la circulation des véhicules les plus polluants, constitue donc un outil pour lutter contre cette pollution. Elle doit être un outil positif pour transformer les mobilités, la fabrique de la ville et notre façon de faire société.

A ce titre, les solutions collectives de transport et les modes doux doivent être au premier rang de la stratégie de réduction du nombre de voitures particulières en ville et donc de la pollution.

Pour y parvenir, Aurélie GRIES évoque le renforcement de l’offre des transports en commun (augmentation des capacités, des fréquences…) et aussi et surtout sa gratuité. Rendre les transports gratuits serait une mesure écologique et sociale ambitieuse !

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Le 24 octobre 2019, l’Etat Français a été condamnée par la cour de justice de l’union européenne pour son incapacité à protéger les françaises et français contre la pollution de l’air. La loi d’orientation des mobilités dite LOM, loi timide adoptée fin décembre 2019, après plus de 130heures de débats à l’Assemblée Nationale, rend notamment obligatoire la mise en œuvre d’une ZFE zone à faible émission dans les 11 agglomérations, où les normes de qualité de l’air sont enfreintes, par plusieurs décennies de métropolisation.

C’est le cas de Lyon, même si les concentrations baissent depuis quelques années, qui en 2020, a recensé plus 24 jours de vigilance pollution. Le nombre était de 43 en 2016. C’est le cas de l’ensemble de la Métropole lyonnaise où le seuil limite fixé par l’Organisation Mondiale de la Santé pour le dioxyde d’azote, polluant lié à la circulation automobile, est largement dépassé.

La qualité de l’air est un enjeu de santé publique, les liens entre pollution atmosphérique et problèmes respiratoires, cancers des poumons et décès, 7% de la mortalité totale de la population française, ne sont plus à prouver. A rappeler ici que les grands pollueurs sont pour 2/3 l’agriculture, l’industrie et le chauffage.

En octobre 2020, Greenpeace France et un collectif de parents d’élèves de l’école Michel Servet dans le 1er arrondissement avaient déposé une requête devant le tribunal administratif de Lyon, pour inaction de la ville, de la Métropole et de L’État dans la lutte contre la pollution de l’air sur notre territoire.

La pollution de l’air nous affecte tous, mais touche particulièrement les enfants et les populations les plus défavorisées qui se trouvent contraintes de vivre dans des quartiers avec une forte présence du trafic, à proximité du périphérique, d’axes routiers majeurs, de tunnels…
Il est donc nécessaire de prendre à bras le corps cet enjeu de lutte contre la pollution.
Evidemment, la ZFE est donc un outil parmi d’autres pour s’attaquer à ce problème. Evidemment les zones à faibles émissions doivent être généralisées. Mais de quelle façon ?
Dans cette délibération, voté en mars 2021 par la Métropole, il nous est demandé notre avis sur la première étape de mise en œuvre de la ZFE à savoir l’interdiction de circuler et de stationner à partir de juillet 2022, des véhicules particuliers classés Crit’Air 5 à Lyon, Caluire et dans une partie de Villeurbanne, Bron et Vénissieux. Cela correspond à environ 5500 véhicules à Lyon soit 3% du parc automobile.

Les objectifs sont louables et nous voterons pour cette délibération favorablement.
Mais permettez-nous de suggérer de renforcer les moyens mis en œuvre pour atteindre ces objectifs. Ces moyens doit nécessiter une orientation davantage tournée vers une ambition et vision collective.

En effet, la métropole souhaite proposer un accompagnement individuel des particuliers dans leurs démarches en faveur de la transition des mobilités.
Or, pour atteindre notre objectif commun d’une ville et métropole respirable, il faut que les moyens déployés soient soutenables par toutes et tous. La réduction de la place de la voiture individuelle doit se faire au regard d’enjeux d’équité et de justice sociale.

Le prix des loyers de la Ville de Lyon et de la Métropole pousse les personnes à s’éloigner de la centralité et donc des zones d’emplois. Certaines peuvent aussi travailler dans des zones d’emplois peu ou mal accessibles en transports en commun dans la Métropole. D’autres, dans de nombreux domaines, travaillent en horaires décalés.

De plus, l’augmentation du coût des matières premières, de l’énergie et notamment du carburant pèse sur le budget. L’inflation entraîne un recul du pouvoir d’achat. Peu de personnes disposeront d’une marge financière dans les prochaines années pour changer de véhicule.
C’est le cas également des artisans, des commerçants, des TPE, des PME qui n’ont ni la trésorerie ni la capacité d’investissement nécessaire à un changement de véhicule.
L’acquisition d’un véhicule électrique, dans la vraie vie, reste hors de portée pour nombre d’habitants.

Bénéficier d’une aide financière calquée sur les critères établis par l’Etat -quelle qu’elle soit- après l’achat reste sans intérêt quand on n’a pas l’argent pour faire l’avance de trésorerie. Aussi, il semble nécessaire que les aides financières soient basées sur un système proportionnel pour diminuer les effets de seuils et les risques d’évincement du système d’aides de ménages aux ressources quasi-identique. Il est nécessaire aussi que tous les habitant-es de la Métropole soient éligibles aux aides, et non seulement ceux inclus au sein de la ZFE.

De plus et vous le savez, il y a bien trop d’enjeux dans les prochaines années sur notre approvisionnement en matières premières utiles, comme le lithium, pour les batteries électriques et notre approvisionnement en électricité. Pour un million de voitures électriques, il faut l’équivalent de la production d’une centrale nucléaire.
Le bonus global pour l’environnement d’un véhicule électrique n’est pas avéré et il n’y aura pas, non plus, de changement dans la manière d’organiser les mobilités et la ville. Par contre, ça c’est sûr, les industriels automobiles comme Elon Musk se rempliront les poches.  

Et puis, qui contrôlera le respect de ces critères ? La Métropole a envoyé un courrier aux villes demandant la prise en charge du contrôle du stationnement. Dans la délibération est proposée un contrôle automatisée, entendons via les caméras du système de vidéo-verbalisation. La surveillance, partout, tout le temps. Punir au lieu de convaincre. Vous savez notre position sur ce sujet.  

Pourtant, la ZFE doit constituer un outil positif nécessaire pour transformer les mobilités, la fabrique de la ville et notre façon de faire société. A ce titre, les solutions collectives, et pas que celles individuelles proposées (comme le covoiturage, l’auto partage, le vélo ou la marche à pied), doivent être au premier rang d’une stratégie de réduction de la voiture en ville et donc de la pollution. Quelles sont nos marges de manœuvres en tant que territoire ?

Les transports collectifs constituent, en définitive, la meilleure option pour limiter l’usage de l’ensemble des modes de transport individuels motorisés.

Notre groupe Lyon en commun, à l’origine d’un vœu qui sera porté par la majorité au Conseil Municipal à l’attention de l’exécutif métropolitain, continue de plaider pour renforcer l’offre de transport existante : un meilleur maillage du réseau sur toute la métropole, l’augmentation des capacités, des fréquences en journée, en soirée, pendant les vacances scolaires, la possibilité de prendre son vélo dans les transports et aussi et surtout pour la gratuité totale des transports. Nous ne sommes pas les seuls, de nombreuses associations ou collectifs portent cette revendication. C’est le cas du Collectif lyonnais pour la gratuité des transports en commun.

Quand on sait, que, selon l’INSEE, les 10 % de ménages les plus modestes consacrent 21 % de leur revenu disponible aux transports alors que les 10 % les plus aisés n’en consacrent que 11 %. Quand on sait que 15% des ménages lyonnais sont sous le seuil de pauvreté. Rendre les transports gratuits est une mesure écologique et sociale ambitieuse. Elle n’est définitivement pas une mesure qui servira aux plus aisés, comme peuvent le dire ou sous-entendre certains. Cette mesure améliorera nettement les conditions de vie et le pouvoir d’achat des habitantes et habitants de la Métropole. Mais c’est un choix politique à faire.
Certaines villes le font depuis déjà les années 2000. 35 villes ou d’agglomérations de toutes les tailles proposent des transports gratuits :
la gratuité pour les jeunes de moins de 18 ans à Strasbourg, Paris et Métropole de Lille.
la gratuité automatique en cas d’épisode de pollution qui déclenche la circulation différenciée dans plusieurs communes de la Métropole de Lille,
 la gratuité le week-end ou au moins le samedi, comme à Montpellier ou Nantes,
la gratuité totale au sein de la Communauté urbaine de Dunkerque,

La Métropole de Lyon, troisième métropole de France, ne doit pas être à la traine.

Notre groupe Lyon en commun continuera de plaider pour la gratuité des transports en communs tout au long du mandat considérant que le transport est un bien commun. Nous souhaitons progressivement que la Métropole s’oriente vers :

L’évaluation de l’impact des tarifications sociales et solidaires mises en place
L’instauration de la gratuité des transports en commun pour les moins de 12 ans
La gratuité des transports en commun en cas d’épisode de pollution
L’expérimentation des gratuités ciblées qui permettraient un report modal depuis la voiture, en particulier à destination des personnes à revenus modestes ou moyens, non éligibles à la tarification sociale et solidaire.
La gratuité des transports en commun le week-end.
La création d’une régie publique du premier ou dernier kilomètre.

Autant d’expérimentations et d’évaluation qui doivent être menées dans les meilleurs délais, d’autant plus qu’entre 2023 et 2026, l’interdiction progressive de la circulation et du stationnement concernera les véhicules classés Crit’Air 4, 3 et 2.
D’ici à 2026, l’objectif affiché par la Métropole de Lyon est d’interdire à la circulation l’ensemble des véhicules diesels à l’intérieur de la ZFE, ce qui impactera davantage les ménages les plus modestes au même titre qu’un nombre certain d’activités économiques. Bien mené, le projet de développement de la ZFE devrait permettre non seulement d’améliorer la qualité de l’air que nous respirons, mais aussi développer les modes de transports alternatifs à la voiture individuelle, avec des solutions pour tous-tes.

Ne laissons pas nos concitoyenne et citoyens au bord de la route !